Amélie Blaustein Niddam

(toutelaculture.com)

 

Est-ce qu’il sait nager ? Maintenant oui. « Avant j’avais peur, alors j’ai pris des cours dans un endroit spécialisé pour les phobiques des piscines ». C’est ce qui s’appelle plonger dans le vif du sujet. « Piscine ». N’imaginez pas un long bassin débordant sur une mer transparente. Ces piscines-là sont plutôt vert de gris dans un geste classique d’une absolue modernité, pas très loin dans l’idée du petit pull marine d’Adjani.

On le rencontre dans son atelier dans lequel il vit. Disons le tout de suite, ici les choses sont élégantes et maîtrisées. Sa peinture touche autant au Lorrain qu’à Turner. Cela a l’allure de la peinture à l’huile et pourtant « non c’est de l’acrylique ». Ce qui intéresse François Ferrier c’est l’urbanité traitée comme un paysage en clair-obscur du XVIIe siècle. Cela donne une multiplicité de format. A la façon d’un Story Board en amont d’un film. D’ailleurs il a travaillé avec un petit logiciel de montage d’appartement. Il a fait plonger une amie dans une piscine pour vérifier l’impact de la poussée d’Archimède sur un corps. Ensuite, offrons nous un raccourci, il a peint.

Des piscines donc, un « lieu magique rêve et réalité, qui est si présent au cinéma. La piscine c’est un monde parallèle ». Ferrier est fasciné par la perspective. Cela donne des piscines quasiment municipales, après l’heure de fermeture. Dehors, juste une ligne d’horizon dans les teintes très grises qu’il a déjà employé dans une précédente série faites de paysages pris au vent. Quelque fois on aperçoit une femme sans visage qui semble errer justement entre deux eaux.

Ce très beau travail offre une illusion de réalisme. « Il faut de l’ambivalence ». Il n’en manque pas. On croit voir ce que l’on veut… Et avec quelques piscines François Ferrier semble capter toutes les ambiguïtés des rapports humains dans une approche de la solitude que chacun verra comme il l’entendra, angoissée ou sublimée. Mais à bien écouter celui qui peint des objets sombres en écoutant du Bowie période glam rock à fond, le monde ne va pas si mal. Il suffit d’assumer ses contradictions.

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