L'étreinte et l'adieu   

 

       C’est par le corps que l’histoire arrive, se fait, se déconstruit. Ce ne sont pas les mots. Les mots ne sont rien. Il n’y a que les souffles puis les silences. Il n’y a que l’étreinte, il n’y a que l’adieu. Ils sont confondus, ils sont identiques et différents, mais ils ne s’opposent pas, ils s’embrassent, se fondent, se rejetteront loin de nous. Ce n’est pas un récit, il n’y a pas de passé révélé. Il n’y aura aucun avenir si c’est l’adieu. Il y aura des jours si c’est l’étreinte. Des jours que nous ignorons. Des jours heureux ou tristes, l’amour est souvent heureux puis souvent triste. Ce n’est que le présent car ce n’est que le geste et que le mouvement, les derniers ou les premiers. L’étreinte est un adieu. L’adieu est une étreinte. Ils surgissent de l’obscurité. La lumière- matière n’existe que par eux. Ce n’est pas le soleil et ce n’est pas la nuit. Ils la portent, la projettent vers l’extérieur, vers nous qui regardons, pour dire combien nous étreignons puis combien nous quittons. Ils nous écrasent et nous élèvent. Ils sont tous les hommes et ils sont toutes les femmes. Nous devenons alors si petits et si grands car il n’y a aucune morale, aucun jugement : c’est toute la force du désir qui explose et toute sa fragilité qui fait pleurer.

                                                                        

 

                                                                                                                                        Nina Bouraoui
 

     Avant l’espace et le temps,comme délié, il y a le corps de François Ferrier. C’est un corps-sujet, blessé et fort,en rupture et rassemblé. C’est un corps avant la mort, dans la vie, qui résiste, crie, et se relève. C’est notre corps plongé dans le réel, surgi du monde secret: la représentation unique et enfouie que nous en avons. C’est le corps de l’âme alors. Il pénètre la perspective et non l’inverse.

Il commande la lumière. Il est écrasant et non écrasé. Il est avant le ciment, avant le jardin,avant le ciel. C’est le corps Roi qui rugit et combat. C’est un corps insoumis au monde. Il se pend, il s’allonge, il se redresse. Il se bat, non contre l’espace mais contre lui-même. Il est l’espace. Il est la perspective. Il est le point majeur du tableau, son centre mobile. Il prend, il réfléchit, par la lumière de sa peau et de son visage, par les tensions de ses muscles. Peu de couleurs, ni lieu ni temps dit François Ferrier, sauf le lieu et le temps du corps: ses chairs qui travaillent, le sang qui file. Enfermé puis libéré, plongé dans l’obscurité, tendu vers le ciel, bordé de noir, frappé de rouge-brun, entre le bien et le mal, il dit l’être dans ses oppositions. Un corps tombe, un corps s’agrippe, un corps se suspend. Nu, vrai et exposé, ce corps est le corps de notre miroir, par ses conflits, par son abandon, par son érotisme, par sa vie abyssale.
Dressé, il devient ce corps sexuel qui attend d’être délivré de lui-même.



 

                                                                                                                                        Nina Bouraoui

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